Arts plastiques : programme

 

Artistement confiné(s) - une série web

 

Pour faire contre mauvaise fortune bon cœur, et parler d’art malgré la fermeture des lieux d’exposition, le service des affaires culturelles de la Ville de Saint-Louis propose une série de petites publications pour découvrir l’art à travers le confinement, ou l’inverse…

Une manière de réfléchir au confinement, par l’utilisation qu’en font les artistes et les sens nouveaux qu’ils lui donnent. Une série de vignettes qui montrent que l’art contemporain parle de nos vies, avec une avance et parfois un humour salutaires.

Consultez cette série de publications ici.

One + one (Sympathy for the devil) (1968) de Jean-Luc Godard

 

LES ARTISTES : Quand Jean-Luc Godard se confine en studio avec les Rolling Stones.

L’ŒUVRE : Presque un travail de commande pour le cinéaste (plus intéressé par les Beatles, il devait au départ tourner avec John Lennon un film sur l’assassinat de Trostki…), qu’il détourne en montrant à la fois le travail artisanal des musiciens et des scènes qui évoquent les multiples contestations de cette année 1968 : Vietnam, États-Unis, Europe…

CONFINÉ ? Il en faut, du temps, pour faire naître une chanson mythique (qui finira par donner son titre au film). Avant l’énergie et l’urgence du rock, Godard fait sentir le passage du temps et le lent travail d’élaboration, répétition après répétition. Les Rolling Stones apparaissent, comme rarement, en musiciens absorbés par leur recherche.

 

 

Nantes, projets d’artistes (2001) de Pierrick Sorin

L’ARTISTE : Pierrick Sorin, artiste français né en 1960. Le Georges Méliès de l’art contemporain, spécialiste des trucages et d’une ironie salutaire sur l’art et sur lui-même.

L’ŒUVRE : Pierrick Sorin imagine des projets d’art dans l’espace public de sa ville natale de Nantes. Sous l’habillage d’un magazine au format télévisuel, les différents artistes et leurs rêves un peu fous nous sont présentés.

CONFINÉ ? Il suffit de regarder les premières minutes pour se rendre compte que quelque chose ne va pas, pour le meilleur et pour le pire… Et si l’illusion était quand même revigorante ?

 

Mapping the studio II (2001) de Bruce Nauman 
L’ARTISTE : Bruce Nauman, artiste américain né en 1941. L’un des plus connus et respectés des artistes contemporains, il a souvent fait de son atelier le théâtre de ses expérimentations. L’ŒUVRE : été 2001. Les souris envahissent l’atelier, et même le chat s’en lasse. Bruce Nauman installe des caméras, tourne pendant 42 nuits, et note ce qui se passe. L’œuvre finie projette ces vues nocturnes en continu et les confronte à la liste des événements placée à l’entrée de la pièce. CONFINÉ ? Cet été-là, Bruce Nauman n’a pas d’idée, mais décide de « faire avec ce qu’il a ». Voir cette œuvre, c’est sentir le temps passer et faire du plus petit événement un secret partagé avec l’artiste : une mite qui vole, une souris qui passe, le chat qui rôde. Découvrir cette oeuvre en suivant ce lien vers le site du Centre Pompidou. 
The artist is present (2010) de Marina Abramovic 
L’ARTISTE : Marina Abramovic, artiste performeuse née en 1946 à Belgrade. Connue pour ses actions extrêmes qui la soumettent en danger ou à de fortes contraintes physiques.
L’ŒUVRE : à l’occasion de sa rétrospective au Musée d’art moderne de New York (MoMA), l’artiste a accompli sa performance la plus longue jusqu’alors. Pour se conformer au titre, elle s’est astreinte à rester assise pendant 3 mois, 7 heures par jour, sur une chaise, attendant qu’une nouvelle personne, minute après minute vienne s’asseoir en face d’elle.
CONFINÉ ? Contrainte à l’immobilité et au silence, l’artiste a pourtant eu des échanges mémorables, jusqu’aux larmes. La performance a permis à de nombreuses personnes, y compris elle, de renouer avec une présence pleine et entière, à l’instant et à l’autre.


Feature film (1999) de Douglas Gordon

L’ARTISTE : Douglas Gordon (artiste britannique né en 1966) … filmant James Conlon… dirigeant Bernard Herrmann… s’inspirant de Wagner… accompagnant Hitchcock… suivant James Stewart…

L’ŒUVRE : Ce film est projeté dans une salle d’exposition, en très grand format (3 m x 5,5 m). Il montre un chef dirigeant la partie musicale du film Vertigo (Sueurs froides) d’Alfred Hitchcock (qui était montré sans son dans la même salle, mais sur un tout petit moniteur , histoire d’inverser le rapport entre musique et film).

CONFINÉ ? On ne voit que les bras du chef d’orchestre, saisis avec virtuosité par le cadreur. Et pourtant, on comprend tout ou presque, par la musique et le geste, à fleur de peau. Un ballet sans danseurs, une évocation de l’atmosphère de mystère, de peur et d’amour du film. Un juste hommage à Hitchcock, l’un des grands cinéastes du huis clos.

I like America and America likes me (1974) de Joseph Beuys

L’ARTISTE : Joseph Beuys, artiste allemand né en 1921, mort en 1986.

L’ŒUVRE : en mai 1974. Parti d’Allemagne, Joseph Beuys voyage en ambulance et enveloppé dans du feutre, prenant soin de ne pas fouler le sol américain pour protester contre la guerre au Vietnam. Arrivé en civière, et toujours enveloppé, dans la galerie new-yorkaise qui doit accueillir sa performance, Beuys y cohabite trois jours avec un coyote à peine capturé. Il s’enveloppe de feutre, joue du triangle, mange et dort non loin de l’animal.

CONFINÉ ? L’isolement volontaire de Beuys est dirigé contre la politique américaine, mais le voisinage du coyote doit lui permettre de renouer avec l’esprit des peuples autochtones amérindiens. Les échanges sont nombreux entre l’homme et l’animal, qui parviennent à coexister.

Helikopter-Streichquartett (1992/93) de Karlheinz Stockhausen

L’ARTISTE : Karlheinz Stockhausen, compositeur allemand né en 1928, mort en 2007. Un musicien qui n’a jamais eu peur de poursuivre ses rêves, même quand ils consistaient à écrire un opéra d’une semaine.

L’ŒUVRE : les quatre musiciens du très classique quatuor à cordes sont placés chacun dans un hélicoptère et jouent ensemble, au moyen de liaisons radio. Alors que les hélicoptères décrivent des cercles autour du lieu du concert, le régisseur du son (le plus souvent le compositeur lui-même) mixe leurs notes avec le son des rotors des engins. Le concert se termine par la rencontre des protagonistes (y compris les pilotes) et du public.

CONFINÉ ? Dès les années 60, Stockhausen a imaginé des œuvres où les musiciens devaient s’imiter, se contredire, etc. Il pousse ici l’isolement à son maximum, comme dans un studio en plein air. Privés du contact visuel essentiel, les musiciens suivent une bande métronomique qui leur indique le tempo. Seul le public resté au sol perçoit l’œuvre dans sa totalité.

Violin Fase (1981), d’Anne Teresa de Keersmaeker

L’ARTISTE : la chorégraphe et interprète belge Anne-Teresa de Keersmaeker (née en 1960), sur une musique de Steve Reich (compositeur américain né en 1936).

L’ŒUVRE : La danse se fait l’image de la musique.

CONFINÉE ? Derrière la structure apparemment répétitive, un motif musical sans cesse décalé, creusant des écarts de phase, et un arrière-plan qui se détache progressivement. Le geste lui aussi part d’un mouvement de base et lui ajoute de multiples développements, commentaires, incises, parenthèses. Ou comment voyager en restant apparemment immobile, comme depuis la fenêtre d’un train.

House (1993), de Rachel Whiteread

L’ARTISTE : Rachel Whiteread, sculptrice anglaise née en 1963.

L’ŒUVRE : elle a obtenu le prestigieux prix Turner en 1993. House est à la fois une sculpture en béton et acier et une performance hors du commun. Ayant appris qu’une maison, la dernière de ce type dans son quartier, était vouée à la démolition, Rachel Whiteread l’a investie. Elle a fait injecter du béton et a dirigé une opération de « pelage » progressif de l’extérieur. Le moulage a été dévoilé en octobre 1993, et a tout de suite engendré de fortes réactions. 80 jours après, en 1994, l’empreinte a été détruite à son tour.

CONFINÉ ? Une fois l’enveloppe « arrachée », il restait le négatif, un vide devenu plein, et animé de détails émouvants : plinthes, moulures, restes des escaliers. L’artiste a réussi à donner une forme monumentale à l’intimité d’un foyer, tout en figeant le passage du temps à l’échelle du quartier et de la ville.

The color of water (2001) de Spencer Finch

L’ARTISTE : Spencer Finch, artiste américain né en 1962. Un amoureux de la lumière et des couleurs.

L’ŒUVRE : The color of water , la couleur de l’eau, est une installation réalisée pour l’exposition triennale de Folkestone. Sur le bord de mer, une roue avec 100 variantes de couleur. Un passant peut choisir celle qui correspond à la couleur réelle de la mer ce jour-là.

À plusieurs kilomètres de là, à l’intérieur des terres dans les jardins de Christchurch, un mât avec un drapeau qu’on hisse une fois par jour, correspondant à cette même couleur.

CONFINÉ ? Il devient possible de connaître la couleur de la mer même sans la voir. Spencer Finch, ici comme ailleurs, chercher à retrouver une émotion lumineuse malgré la distance dans le temps ou dans l’espace.

Découvrir des images en suivant ce lien.

 

Le cercle (2005), vidéo de Robert Cahen

L’ARTISTE : Robert Cahen, artiste français né à Mulhouse en 1945. Un vidéaste poète et voyageur, qui rapporte de ses voyages non pas des reportages, mais des visions.

L’ŒUVRE : Le film Le cercle a été travaillé et monté à partir d’images tournées dans l’archipel de Svalbard, dans le cercle arctique. Il montre des explorateurs et les fascinants paysages qu’ils rencontrent.

CONFINÉ ? Le film nous emmène dans un voyage intérieur, dans lequel le temps se fige parfois (surveiller les mouvements de l’eau… Robert Cahen a toujours utilisé les effets vidéo avec beaucoup de subtilité). De temps à autre, l’image nous porte à la rencontre des explorateurs, protégés dans leurs vêtements, derrière leurs lunettes.